Entretien avec une jeune marraine
Marie Lefebvre, 31 ans, habite Reims. Elle parraine depuis deux ans Neath, 9 ans, à Kompong Speu au Cambodge. Elle témoigne de sa vision du parrainage et de sa relation avec son filleul.
Comment avez-vous connu Enfants d'Asie ? J'ai connu Enfants d'Asie par une cousine qui m'a expliqué le principe du parrainage et qui m'a convaincue. Je travaille depuis plusieurs années, cela faisait un moment que je pouvais me permettre de donner un peu d'argent chaque mois, mais je ne connaissais pas d'association en qui j'avais pleinement confiance et je ne m'étais jamais posé la question! Aujourd'hui, je parle souvent d'Enfants d'Asie autour de moi. Mes amis trouvent tous le concept du parrainage intéressant mais ne passent pas à l'acte! Je crois que cela s'explique en partie par l'investissement sur plusieurs années. Ce qui me plaît peut également faire un peu peur...
C'est ce qui vous a fait choisir le parrainage par rapport au don ? J'ai été séduite par l'idée de suivre un enfant sur le long terme et de savoir qu'il va grandir et être éduqué. Ce qui m'a intéressée, c'est la relation avec l'enfant, de faire la démarche de lui écrire, de me sentir rassurée sur l'utilisation de mon argent grâce à des retours réguliers : courriers, photos, bulletins scolaires... C'est très concret. N'ayant jamais été en Asie, je n'avais pas d'idées préconçues sur le pays d'origine de l'enfant, ni sur sa situation familiale. J'ai fait confiance à Enfants d'Asie. L'association connaît ses priorités.
Vous sentez-vous moralement responsable de votre filleul ? Oui et non. Je ne pense pas à lui au quotidien mais cela me fait très plaisir quand j'ai des nouvelles. Je conçois le parrainage comme une relation à trois : Neath (ndlr : son filleul), Enfants d'Asie et moi. Je souhaite l'accompagner le plus loin possible mais je ne suis pas pour autant sa famille. D'ailleurs, Neath a des frères, des sœurs et une grand-mère. Dans l'orphelinat, il est entouré par des éducateurs. Si j'aide un enfant en particulier, j'ai conscience que l'argent de mon parrainage bénéficie aux autres enfants du centre et à sa communauté. Le contraire me semblerait injuste car à travers Neath, c'est la jeunesse d'un pays tout entier qui doit se reconstruire. S'impliquer, c'est très bien mais pas plus que nécessaire. Par exemple, je fais très attention à ne pas lui offrir des cadeaux de trop grande valeur. Je me réfrène un peu... Il faut savoir garder de justes proportions, éviter de créer des jalousies entre les enfants et créer ainsi un décalage qu'il ressentira ensuite dans sa vie d'adulte, quand je ne serai plus là. Pour moi, le parrainage n'est pas une main tendue mais une poignée de main, un échange, basé sur le respect mutuel de nos cultures.
Quelles sont vos relations avec votre filleul ? Je reçois 4 à 5 lettres par an où il me raconte ses journées et ses activités scolaires et parascolaires. Il aime jouer au ballon et a commencé des cours d'anglais! Je n'ai pas toujours le temps de lui écrire mais j'essaie de répondre à toutes ses lettres. Il a 9 ans, c'est sûr que nos échanges restent basiques mais je les crois sincères. C'est du journal Correspondances que j'attends plus de détails sur la vie quotidienne des enfants.
Irez-vous au Cambodge pour le rencontrer ? Dans sa dernière lettre, Neath m'a demandé quand je viendrai le voir. Pour le moment, ce n'est pas prévu. Je ne peux pas me le permettre financièrement. C'est vrai aussi que je suis un peu mal à l'aise à l'idée de ne pas savoir comment me comporter avec lui et quoi lui raconter! J'espère tout de même avoir la possibilité de me rendre un jour au Cambodge pour le rencontrer et me rendre compte du travail d'Enfants d'Asie sur le terrain.
Extrait de 'Correspondances' n°59, novembre 2007 Propos recueillis par Fanny Turpin
Je veux parrainer.
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